La DGSE vient de fêter ses trente ans
La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a célèbré le mois dernier son
trentième anniversaire. Créée le 2 avril 1982 par la gauche arrivée au pouvoir, il s'agissait alors essentiellement d'un changement de nom : au SDECE (Service de documentation extérieure et de
contre-espionnage, créé en 1945) succédait la DGSE. Mais il faudra attendre une dizaine d'année pour que l’organisation se transforme en profondeur et devienne ce qu'elle est aujourd'hui : un
service opérationnel faisant autorité.
Dans les années 80, la DGSE était "vieillotte, endogame, larguée sur la guerre froide et
empêtrée en Afrique", reconnait-on aujourd'hui. Qui plus est, complètement "traumatisée par le Rainbow Warrior" (1985), une affaire qui marquera profondément la génération des actuels
quinquagénaires. Le pouvoir, et l'opinion, n'ont alors plus confiance dans la DG. La "remise d'aplomb" commence à la fin des années 80 avec la nomination du préfet Silberzahn à sa tête (1989-93).
Elle est aujourd'hui acquise, avec les directeurs successifs (Dewattre, Cousserand, Brochand, Corbin de Mangoux). Boulevard Mortier, on assure aujourd'hui que "le service a retrouvé sa place au
coeur de l'Etat".
"La crédibilité d'un service repose sur quatre choses : un bon budget, un haut niveau
technologique, la protection du secret et le proximité entre son chef et le chef de l'Etat", y explique-t-on.
Le budget de la DGSE, "en constante augmentation" s'élève aujourd'hui à environ 550
millions d'euros par an. Une situation exceptionnelle au sein de l'Etat qui fait dire à certains que la DGSE "bénéficie de largesses budgétaires trop importantes". Cette hausse de 10% au cours
des cinq dernières années a notamment permis le recrutement de 590 personnes. Les effectifs dépassent aujourd'hui les 5 000, auxquels il faut ajouter le millier de militaires du Service
Action.
L'argent sert aussi à rester dans la course technologique. Le renseignement technique
coûte cher, car "il faut rester dans la course des télécoms". L'interception des nouveaux moyens de communications (Skype, internet, portables) ou des plus anciens, comme les
câbles sous-marins par lesquels passent l'essentiel du flux - nécessite des investissements importants. Avec le CEA, la DGSE possède ainsi les ordinateurs les plus puissants du pays. Des
appareils tellement gros que la chaleur qu'ils dégagent permet de chauffer les locaux du boulevard Mortier. Ou exigent l'arrivée de lignes électriques à haute tension comme on le voit vers les
Alluets-le-Roi (Yvelines). En matière technique, la DGSE entretient des rapports étroits avec la NSA américaine. La France a la chance de rester un grand pays dans l'industrie des télécoms : ce
n'est pas sans répercussions sur ses capacités de renseignement.
En 2010, la DGSE avait commandé un sondage pour connaitre l'opinion des Français à son
égard : 67% des Français en avaient entendu parler, et parmi ceux-ci 80% avait une opinion positive. "En terme d'image, notre problème, c'est qu'un Français sur trois ne sait pas qu'on existe"
reconnait-on boulevard Mortier.
· Une précision, les stagiaires de l’IHEDN qui suivent le cursus complet, validant, Intelligence
Economique et Stratégique, au sein de l’Ecole Militaire, reçoivent une formation (session d’information) au sein de la DGSE. C'est le signe d’une politique d’ouverture de la part de la DGSE et de
qualité apportée par l’IHEDN pour ses stagiaires visant un contenu pédagogique complet.
JPT
Source : Jean-Dominique Merchet, Secret Défense, Marianne2 et Opex360.com, Actu voila.fr, Médiapart,
Nouvel observateur.fr, 2 avril 2012.